Les propos d’Emmanuel Macron sur la colonisation, qu’il a qualifiée de “crime contre l’humanité”, suscitent de nombreuses réactions. Interview de l’historien Pascal Blanchard sur un sujet qui enflamme le débat sans jamais sortir des polémiques.

Dans une interview accordée à la chaîne privée algérienne Echourouk News, mercredi 15 février, lors d’un déplacement en Algérie, l’ancien ministre et candidat à la présidentielle Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de “crime contre l’humanité”, tout en affirmant ne pas vouloir “balayer tout ce passé”. Ses propos ont déclenché une cascade de vives réactions au sein de la classe politique française et au-delà.

>> Macron et la colonisation : la dernière d’une longue série de polémiques

Pascal Blanchard, historien, chercheur au CNRS au Laboratoire communication et politique, spécialiste du “fait colonial” et des immigrations en France revient sur un sujet qui enflamme le débat politique sans jamais parvenir à sortir des polémiques.

Emmanuel Macron : “”

France 24 : La colonisation peut-elle être considérée comme un crime contre l’humanité ?

Pascal Blanchard : La définition de crime contre l’humanité doit d’abord être une définition à caractère juridique. Le problème est que la colonisation est un sujet très complexe, qui n’est pas aussi facilement qualifiable que l’esclavage, considéré comme un crime contre l’humanité en France depuis la loi Taubira de 2001. Il y a eu des guerres coloniales, des colonisations en termes d’administration, des guerres de conquête, mais aussi des exactions au moment des conflits coloniaux. Globaliser la colonisation comme un tout pour la qualifier de ‘crime contre l’humanité ‘ est complexe, juridiquement et historiquement. En revanche, en ce qui concerne certains éléments historiques de la colonisation, comme la conquête de l’Algérie, les conflits comme le Cameroun dans les années 1950, les guerres d’indépendance, le massacre de Madagascar en 1947, on peut se poser la question de les qualifier, juridiquement et historiquement, comme tel.

Pourquoi la France a-t-elle tant de mal à parler de son histoire coloniale ?

Pour trois raisons. Parler de la colonisation, c’est interroger la République sur ses pratiques, sur l’idée qu’elle a pu un moment considérer que les hommes n’étaient pas égaux au sein même de l’édifice républicain. Ensuite, nous sommes dans un pays où il y a encore des millions de personnes issues de cette histoire, d’un côté les pieds noirs, de l’autre les harkis, mais aussi les enfants issus de l’immigration postcoloniale algérienne, sénégalaise… Il nous reste aussi des ‘confettis’ que l’on appelle les vieilles colonies, la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion. Enfin, nous sommes dans un pays, le pays des musées, où nous n’avons pas un musée dédié à l’histoire coloniale pour enseigner, parler, transmettre une histoire pacifiée et des mémoires apaisées. Conclusion : soixante ans après les indépendances, nous sommes encore dans quelque chose de l’ordre du tectonique, du violent et du politique. Il suffit de voir les réactions du Front national et de la droite depuis 48 heures.

Le débat sur le passé colonial de la France resurgit régulièrement dans le débat politique français depuis 2005, toujours au travers de polémiques, pourquoi ?

Parce que cela reste un terreau électoral. En 2007, Nicolas Sarkozy débute sa campagne avec un discours sur la repentance. Il fait appel à travers cela au potentiel électoral des rapatriés qui, plutôt que de voter FN, pourraient voter pour la droite. D’une certaine manière, il oublie les années gaullistes en reprenant les thèses du Front national. Deuxièmement, nous sommes dans un pays où beaucoup de gens font encore le lien entre le passé colonial et le présent migratoire. Enfin, il ne faut pas oublier une chose, nous avons affaire à une gauche, socialiste, extrêmement mal à l’aise sur cette question. Pourquoi ? Parce que la gauche socialiste a été l’un des grands acteurs de la colonisation avec Jules Ferry [connu pour ses prises de position en faveur de l’expansion coloniale, NDLR], personnage tutélaire sur lequel François Hollande a placé son quinquennat, François Mitterrand, grand ministre des Colonies de la IVe République, Guy Mollet.

Nous avons une gauche qui n’ose pas parler de cette question, c’est pour cela qu’Emmanuel Macron vient de faire une révolution tectonique. À travers sa réflexion, il enterre les années Mitterrand et Guy Mollet, il tourne une page pour une partie de la gauche. La droite, de son côté, reste à camper sur une vieille vision de nostalgie coloniale, de grandeurs impériales. Pour certains, attaquer la colonisation ce serait attaquer la grandeur coloniale de la France. Cette question reste donc encore dans la violence des mémoires qui s’opposent, elle n’arrive pas à pénétrer le champ de l’histoire comme en Allemagne. Personne n’a relevé qu’il y a moins d’un an et demie, Angela Merkel avait reconnu les fautes de l’empire colonial allemand en Namibie et s’est excusée. Et c’est une femme de droite. C’est aujourd’hui devenu un débat d’historiens en Allemagne et non un débat de politique. Tant qu’il y aura des politiques capables de voter des lois comme celle de 2005, dont les deux articles 1 et 4 demandaient aux enseignants d’enseigner positivement la colonisation, nous ne sortirons pas des conflits de mémoire. Les politiques sont les premiers à les stimuler, à jouer avec et à manipuler ces mémoires du passé.



“La fracture coloniale” dont vous parliez dans un ouvrage de 2005 est donc plus que jamais d’actualité ?

On est en plein dedans. Emmanuel Macron est le premier homme politique à clairement traverser ce miroir des non-dits entre la droite et la gauche. Il ne faut pas retenir que sa première phrase sur le crime contre l’humanité, il parle aussi de la nécessité d’un regard apaisé sur ce passé. Nous ne sommes pas du tout responsables de ce que nos aînés ont fait, ceux qui sont issus de cette histoire ne sont pas non plus les descendants des indigènes. Si on continue à ne pas faire d’histoire sur cette question, certains ultras, aussi bien les radicaux jihadistes ou les amis de Dieudonné ou de Soral, continueront de manipuler l’histoire, et les gamins dans les quartiers populaires penseront que la France est une éternelle histoire d’humiliation. Il est temps de réfléchir ensemble sur cette question, que l’on sache enfin ouvrir un musée. Tant que l’Histoire n’entrera pas au musée, elle restera conflictuelle.

Première publication : 16/02/2017

Facebook Twitter Email

Le candidat Emmanuel Macron a provoqué l’indignation d’une partie de la classe politique française, en qualifiant la colonisation de “crime contre l’humanité”. Cette polémique à propos de l’histoire coloniale n’est pas la première.

L’histoire coloniale française est source de crispations pour la classe politique. Dernière en date : l’indignation, à droite et à l’extrême droite, provoquée par les propos d’Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, qui a assimilé la colonisation à un “crime contre l’humanité”. Retour une série de polémiques.

  • Jacques Chirac : le “rôle positif”


Le président Jacques Chirac inaugure le musée du Quai Branly, le 20 juin 2006. © François Mori, AFP

En février 2005, la promulgation en France d’une loi dont un article évoque le “rôle positif” de la colonisation suscite une très vive polémique et tend les relations entre Paris et Alger. Le président Bouteflika reproche à Paris une “cécité mentale confinant au négationnisme et au révisionnisme”.

Le 25 janvier 2006, au nom de la “concorde”, le président français Jacques Chirac demande la “suppression” de l’alinéa controversé qui stipule notamment que “les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord”. Il est abrogé le mois suivant.

  • Nicolas Sarkozy : pas de “repentance”


Nicolas Sarkozy avec son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika, lors de sa visite à Alger le 10 juillet 2007. © Patrick Kovarik, AFP

Le 3 décembre 2007, le président Nicolas Sarkozy en visite à Alger reconnaît que “le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République: liberté, égalité, fraternité”, mais dit son refus de toute idée de “repentance”.

“À l’intérieur de ce système, il y avait beaucoup d’hommes et de femmes qui ont aimé l’Algérie avant de devoir la quitter”, déclare Nicolas Sarkozy. “C’est toutes les victimes que je veux honorer”, ajoute-t-il en évoquant les “crimes terribles commis tout au long de la guerre d’indépendance”.

  • François Fillon : le “partage de culture”


Le candidat LR à l’élection présidentielle, François Fillon, lors de son passage sur l’île de la Réunion, le 11 février 2017. © Richard Bouhet, AFP

Le 28 août 2016, François Fillon, alors candidat à la primaire de la droite et du centre, déclare lors d’un discours à Sablé-sur-Sarthe que “la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord” et qu’elle “n’a pas inventé l’esclavage”.

Selon le député de Martinique, Serge Letchimy (PS), “avec ces harangues populistes”, le candidat Les Républicains “offense des millions de personnes victimes de traite, d’esclavages, de génocides”.

Fin octobre 2016, François Fillon répète son refus d’une “repentance”, tout en reconnaissant que “bien sûr que la colonisation aujourd’hui, avec les critères qui sont les nôtres, est un crime”.

Réagissant à la déclaration d’Emmanuel Macron, François Fillon a repris les mots du président dont il a été le Premier ministre en regrettant, mercredi, 15 février, “cette détestation de notre histoire, cette repentance permanente” qu’il a jugée “indigne d’un candidat à la présidence de la République”.

Le Lab relève qu’il se contredit quelque peu, puisqu’il avait déclaré, quatre jours plus tôt dans une interview au Quotidien de la Réunion : “L’esclavage, la colonisation, la traite des êtres humains, étaient des abominations”, tout en estimant qu’il n’était “pas juste que la France d’aujourd’hui porte des crimes commis il y a plus d’un siècle et demi”.

  • Emmanuel Macron : le “crime contre l’humanité”


Le candidat à l’élection présidentielle Emmanuel Macron, lors d’une visite de deux jours en Algérie, le 13 février 2017. © AFP

En octobre 2016, Emmanuel Macron suscite la controverse en déclarant au Point : “Alors oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie”.

Puis, en février 2017, dans une interview accordée à la chaîne privée algérienne Echourouk News, lors d’un voyage en Algérie, l’ancien ministre de l’Économie qualifie la colonisation de “crime contre l’humanité” et de “vraie barbarie”. Des propos qu’il confirme dans une vidéo publiée sur Facebook le 16 février, en dépit des critiques : “La colonisation a entraîné une négation du peuple algérien […], une guerre qui n’était pas digne de la France, parce que des actes inhumains, de la barbarie, de la torture ont été commis.”



Première publication : 16/02/2017

Facebook Twitter Email

47b13bed1f.jpeg

Alors que des contacts entre l’équipe de campagne du président américain et les renseignements russes ont été révélés, des médias ultra-conservateurs comme Breitbart ou Fox News crient au complot visant à renverser Donald Trump.

C’est Donald Trump lui-même qui a sonné la charge. “Pourquoi tant d’informations fuitent à Washington ? C’est ça, le vrai scandale”, s’est emporté le président des États-Unis, mardi 14 février, au lendemain de la démission de son conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn. Une attaque à peine déguisée contre le FBI soupçonné par la Maison Blanche d’avoir susurré à l’oreille des journalistes, que le président était au courant du détail des appels passés par Michael Flynn avec des officiels russes.

Message reçu cinq sur cinq par les médias pro-Trump qui développent jusqu’à plus soif, depuis deux jours, un double argumentaire : la faute de celui qui est à l’origine de la fuite est au moins sinon plus grave que celle de Michael Flynn, et elle révèle une collusion entre les services de renseignement et les médias “libéraux” pour empêcher la nouvelle administration de travailler correctement.

De “gorge profonde” à la théorie du complot

La riposte de la “trumposphère” a débuté par une attaque en règle contre la “gorge profonde”. Dans sa dernière interview en tant que conseiller à la Sécurité nationale, accordé mardi 14 février au très droitier site Daily Caller, Michael Flynn qualifie de “criminelle” la fuite d’informations. La très influente chaîne conservatrice Fox News a repris la même terminologie à son compte suggérant qu’un procureur devrait ouvrir une enquête sur “ce crime”. Cette insistance sur la gravité prêtée à la “faute” du lanceur d’alerte permet de relativiser celle de Michael Flynn qui n’a encore reçu aucune qualification pénale.


L’écrasante majorité des articles sur le site de Fox News défendent une thèse principale : il y a une hystérie médiatique nourrie par les services de renseignement contre l’administration Trump © Capture d’écran

Il est très vite apparu que l’avalanche de révélations risquait d’éclabousser aussi Donald Trump. D’une chasse à la taupe, les médias “amis” sont alors passés à la théorie du complot. “La Maison Blanche craint une opération de sabotage du complexe de l’industrie du renseignement”, rapporte mercredi 15 février Infowars, un site fondé par l’animateur de radio conservateur et amateur de théories du complot Alex Jones. Pour Breitbart – le site d’extrême droite dirigé jusqu’en août 2016 par Steven Bannon, désormais chef de la stratégie à la Maison Blanche – tout est de la faute du “deepstate”, une construction chère à cette publication qui désigne un supposé État dans l’État, aux mains d’espions, de journalistes et d’à peu près tous les ennemis désignés de Breitbart à Washington. Le Daily Caller publie même un article “exclusif”, tout en conditionnel et en sources anonymes, pour révéler les efforts des “espions pour ‘flinguer’ Mike Flynn’” avant de chercher à “renverser le président élu”.

Sus aux “fake news” ?

Fox News fait encore plus fort : sur une vingtaine d’articles accessibles, jeudi 16 février, sur la page d’accueil de leur site, seuls quatre ne traitent pas d’une manière ou d’une autre du complot. La chaîne multiplie les angles – analyses, interviews, éditoriaux, reportages – pour alimenter en continu et en nouveaux contenus leur cheval de bataille : dénoncer le “jeu d’espions” qui nourrit “l’hystérie médiatique”.


Illustration de la théorie du complot en vogue dans la “trumposphère” : Infowars, un site animé par le féru de théorie du complot Alex Jones, assure que “la communauté du renseignement veut mettre Trump en prison”.

Cette dénonciation du complot permet à ces médias, à l’image d’Infowars, d’assurer qu’il y a une campagne de “fake news” (fausses informations) menée par des services de renseignements. Toute ressemblance avec les accusations portées contre la Russie lors de l’élection américaine (campagne de propagande pro-Trump fondée sur des fausses informations) par le camp démocrate n’est pas fortuite : le camp pro-Trump tente de suggérer qu’un ennemi aussi dangereux que l’espion russe agit de l’intérieur. Donald Trump a l’intention, d’après le New York Times, de nommer un milliardaire ami (le patron de hedge funds Stephen Feinberg) pour superviser les services américains du renseignement.

Première publication : 16/02/2017

Facebook Twitter Email

En écartant, jeudi, un classement sans suite de l’affaire Fillon, le Parquet national financier maintient les soupçons qui entourent le candidat à l’élection présidentielle. Les difficultés à faire campagne sur le terrain devraient se poursuivre.

Le tumulte de la campagne de François Fillon va donc se poursuivre. En annonçant, jeudi 16 février, sa décision de ne pas classer sans suite l’affaire des emplois présumés fictifs de l’épouse et des enfants de François Fillon et, donc, de poursuivre les investigations, le Parquet national financier (PNF) maintient l’épée de Damoclès placée depuis le 25 janvier – et les premières révélations du Canard enchainé – au-dessus du candidat à la présidentielle.

François Fillon espérait un classement sans suite de l’affaire qui l’empoisonne depuis trois semaines. Il avait d’ailleurs demandé à ses troupes, mercredi 1er février, de tenir bon quinze jours, assurant qu’il avait fourni à la justice tous les éléments permettant de prouver que sa femme et ses enfants n’avaient pas occupé d’emplois fictifs. Non seulement la décision du PNF de poursuivre l’enquête le contredit, mais elle annonce de fait surtout de nouveaux remous dans cette campagne décidément peu ordinaire.

>> À lire sur France 24 : “Le Parquet national financier n’envisage pas de classement sans suite ‘en l’état’ “

La première conséquence est tout sauf anodine : les soupçons à l’encontre de François Fillon vont demeurer dans l’esprit des Français, voire se renforcer. Alors que l’ancien Premier ministre a commencé à donner une nouvelle impulsion à sa campagne en tenant un discours musclé, mercredi 15 février à Compiègne, sur la sécurité, proposant notamment d’abaisser la majorité pénale à 16 ans, son action devrait continuer à être parasitée par cette affaire d’emplois fictifs.

Une campagne encore plus difficile sur le terrain

Deuxième conséquence, qui découle de la première : sur le terrain, les parlementaires LR et les militants seront encore confrontés à des Français remontés et peu enclins à se laisser convaincre de voter Fillon. Plusieurs députés avaient d’ailleurs interpellé le vainqueur de la primaire de la droite à ce sujet, mardi 14 février, lors de la réunion de leur groupe à l’Assemblée nationale.

>> À voir et à lire sur France 24 : “Quand François Fillon reprochait aux médias de ne pas assez couvrir les ‘affaires’ “

Parmi eux, le député du Rhône Georges Fenech avait été à l’initiative d’une lettre ouverte à François Fillon dans laquelle il constatait que le “délai” de quinze jours demandé par le candidat “expir[ait]” et qu'”aucune clarification n’[était] à ce jour intervenue”.

“On va tout droit dans le mur”, a-t-il affirmé au lendemain de la réunion du groupe, mercredi 15 février, à l’antenne de Radio classique. “C’est impossible pour moi. Ce n’est pas contre François Fillon. Nous avons aujourd’hui notre candidat qui doit à la fois assurer sa défense et à la fois mener un projet présidentiel. Ce télescopage (…) nous rend totalement inaudibles sur le terrain.”

La candidature Fillon suspendue au calendrier de la justice

Du reste, François Fillon, les ténors du parti Les Républicains ainsi qu’une grande majorité des parlementaires LR s’accordent pour constater, alors que la date limite du dépôt des candidatures est fixée au 17 mars, qu’il n’y a pas de plan B envisageable. La campagne doit donc se poursuivre avec des doutes désormais renforcés sur l’avenir du candidat LR.

François Fillon s’est en effet engagé à plusieurs reprises à se retirer de la course à l’Élysée en cas de mise en examen. Or, s’il jugeait cette possibilité improbable jusqu’ici, la décision du PNF l’oblige à ne plus l’écarter catégoriquement.

Deux options restent offertes au ministère public : citer directement des protagonistes devant un tribunal correctionnel, ou ouvrir une information judiciaire en confiant la poursuite des investigations à des juges d’instruction, seuls habilités à placer un acteur du dossier sous le statut intermédiaire de témoin assisté ou à prononcer d’éventuelles mises en examen. Le calendrier, lui, demeure l’inconnue de l’une des équations de la présidentielle.

Première publication : 16/02/2017

Facebook Twitter Email

Le parquet national financier, chargé de l’enquête ouverte sur des soupçons d’emplois fictifs de l’épouse de François Fillon, a annoncé jeudi qu’il n’envisageait pas, “en l’état”, de classer l’affaire sans suite.

Le rapport de la police concernant l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs de Penelope Fillon a été remis mercredi au parquet national financier (PNF), qui n’envisage pas “en l’état” de classement sans suite, a annoncé jeudi 16 février le parquet.

>> À lire sur France 24 : “Les avocats de François Fillon demandent au parquet national financier de se dessaisir”

“Les nombreux éléments déjà recueillis ne permettent pas d’envisager, en l’état, un classement sans suite de la procédure”, a indiqué le parquet dans un communiqué, ajoutant que “les investigations vont se poursuivre”.

Deux options restent donc offertes au ministère public : citer directement des protagonistes devant un tribunal correctionnel ou ouvrir une information judiciaire en confiant la poursuite des investigations à des juges d’instruction, seuls habilités à placer un acteur du dossier sous le statut intermédiaire de témoin assisté ou à prononcer d’éventuelles mises en examen.

François Hollande entre dans le débat

François Fillon a réagi à l’annonce du PNF jeudi, déplorant auprès du Figaro qu’il n’y ait “rien de nouveau, ni poursuite ni mise en examen [dans l’annonce du PNF], mais plutôt un “acte de communication qui nourrit le feuilleton médiatique”. L’ancien Premier ministre, dont la campagne est plombée par cette enquête, s’est engagé à se retirer de la course à la présidentielle en cas de mise en examen.

Sur BFMTV, le député LR Bernard Debré a demandé au PNF de “suspendre” son enquête le temps de la campagne. Un autre soutien de François Fillon, le député Damien Abad, considère de son côté que cette décision n’est pas une “information nouvelle” et réclame “le respect du temps de la campagne”, rapporte Le Figaro.

Le président de la République a également fait une sortie remarquée, s’exprimant jeudi après-midi pour la première fois sur le sujet. “L’exemplarité, ça vaut pour tout et si, au sommet de l’État, il n’y a pas cette exemplarité, comment donner confiance, comment appeler à l’effort, comment donner des perspectives à notre pays ?”, s’est interrogé François Hollande lors d’un discours sur la politique de la Ville à Rennes.

Enquête pour détournements de fonds publics et abus de biens sociaux

Le PNF a ouvert le 25 janvier une enquête préliminaire pour détournements de fonds publics et abus de biens sociaux à la suite de soupçons d’emplois fictifs de l’épouse de François Fillon, le candidat de la droite à la présidentielle.

Les avocats du couple Fillon ont réaffirmé jeudi que le parquet national financier n’était pas compétent et violait le principe de la séparation des pouvoirs. “Nous maintenons que l’enquête se déroule en violation des règles de compétence du parquet national financier et, plus grave encore, du principe de la séparation des pouvoirs”, écrivent Me Antonin Levy et Me Pierre Cornut-Gentille dans un communiqué, estimant que le parquet n’a “pas d’éléments suffisants pour requérir des poursuites”.

La réponse des avocats de François Fillon après l’annonce du PNF #FillonGatepic.twitter.com/9FNPAaLAUK

— Romain Brunet (@romain2dc) February 16, 2017

Avec AFP

Première publication : 16/02/2017

Facebook Twitter Email

Lors d’une interview à la télévision algérienne, le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron a qualifié la colonisation française de “crime contre l’humanité”. Des élus Les Républicains et Front national s’offusquent.

Plusieurs responsables de droite et du Front national (FN) ont fait part, mercredi 15 février, de leur émoi après que le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron a qualifié la colonisation française de “crime contre l’humanité” à la télévision algérienne.

Dans une interview donnée à la chaîne privée Echourouk News lors de son voyage en Algérie en début de semaine mais mise en ligne mardi, l’ancien ministre de l’Économie avait déclaré : “La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes.” Tout en affirmant ne pas vouloir “balayer tout ce passé”.

Emmanuel Macron en #Algérie : « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime contre l’humanité » pic.twitter.com/5P7nDuY8Uh

— Romain Caillet (@RomainCaillet) 15 février 2017

“Honte”

Plusieurs responsables politiques Les Républicains (LR) mais surtout du FN ont vivement réagi au lendemain de la mise en ligne de cette interview. “Honte à Emmanuel Macron qui insulte la France à l’étranger : ‘la colonisation de la France était un crime contre l’humanité’”, a tweeté le député LR Gérald Darmanin, un proche de l’ancien président Nicolas Sarkozy.

Honte à @EmmanuelMacron qui insulte la France à l’étranger : “la colonisation de la France était un crime contre l’humanité”

— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) 15 février 2017

>> À lire : En Algérie, Emmanuel Macron veut en finir avec les “querelles fratricides”

“Opposer les Français, ressortir ces histoires pour diviser, pour remobiliser, je vois bien les soucis électoraux qu’il y a derrière tout ça. Ce n’est pas digne d’un chef d’État d’aller agiter des cicatrices qui sont encore très douloureuses”, a lancé Jean-Pierre Raffarin sur BFMTV. “Macron, le candidat des élites, des banques, des médias et… de la repentance”, a fustigé la députée FN Marion Maréchal-Le Pen.

#Macron, le candidat des élites, des banques, des médias et… de la repentance ! https://t.co/Z2WXxOrmGQ

— Marion Le Pen (@Marion_M_Le_Pen) 15 février 2017

En octobre, Emmanuel Macron avait suscité la controverse en déclarant au Point : “Alors oui, en Algérie il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie.”

Avec AFP

Première publication : 15/02/2017

Facebook Twitter Email

Face au discours sécuritaire de la droite, les positions des candidats de la gauche à l’Élysée sur les rapports entre police et population dans les quartiers populaires ne sont pas toujours audibles. Hamon et Mélenchon ont pourtant des propositions.

Les candidats n’avaient pas forcément prévu de faire des banlieues un sujet majeur de leur campagne mais l’actualité les a rattrapés. Avec l’affaire Théo, du nom de ce jeune homme gravement blessé et victime d’un viol présumé lors d’une interpellation à Aulnay-sous-Bois, impossible de ne pas évoquer les banlieues, impossible de ne pas se positionner sur les rapports entre la police et leurs habitants.

Si à droite, sans surprise, les candidats à l’élection présidentielle profitent des débordements, des voitures brûlées et des images de violences pour condamner l’action du gouvernement et mettre en avant leurs propositions sur la sécurité, les candidats de gauche, parfois moins audibles sur les sujets sécuritaires, préfèrent souligner le sentiment d’injustice ressenti dans les quartiers populaires. Pour eux, ce sont les rapports entre forces de l’ordre et population qui sont à revoir.

“J’ai vu des parents qui sont aujourd’hui inquiets que leurs enfants, parce qu’ils sont noirs, puissent être pris à partie dans un contrôle d’identité qui dégénère. Quand cette peur existe, la pire des choses, ce serait d’être dans le déni et de dire que ça n’existe pas. On ne peut pas, en République, avoir peur de la police”, a affirmé Benoît Hamon, mardi 14 février, dans l’émission C à vous sur France 5.

>> À lire : À Bobigny, les manifestants contre les violences policières entre colère et résignation

“Regardons la réalité en face : ce qui est en train de monter, c’est un sentiment d’humiliation et quand l’humiliation de dizaines de milliers de nos compatriotes ressurgit et pointe, ça se transforme en colère, a-t-il ajouté, pointant également du doigt les propos d’un syndicaliste policier qui “a osé dire que ‘bamboula’ pouvait être une insulte convenable”.

Je suis favorable au récépissé de contrôle d’identité afin d’apaiser les tensions entre habitants et forces de l’ordre #Cà Vouspic.twitter.com/vEfobgpLQ5

— Benoît Hamon (@benoithamon) 14 février 2017

De son côté, Jean-Luc Mélenchon a appelé, dimanche 12 février, à “purger dès maintenant les éléments malsains” de la police. “Comme elles ont tendance à se multiplier et qu’elles semblent venir souvent de ce qu’on appelle les brigades spécialisées de terrain, eh bien pour ma part, je pense qu’il faut les dissoudre, a-t-il poursuivi. Ceux qui se comportent de cette manière le font par idéologie. Ils le font parce que dans leur esprit, il est nécessaire d’humilier une partie de la population de notre pays.”

Refonder le code de déontologie de la police

Côté propositions, Benoît Hamon veut mettre en œuvre l’une des promesses non tenues de François Hollande : le récépissé du contrôle d’identité. Le candidat socialiste s’est ainsi dit favorable à une expérimentation dans trois départements “afin de mettre fin aux contrôles au faciès qui nourrissent la rancœur et la méfiance mutuelle entre la police et la population”. Il souhaite également doter “chaque patrouille d’une caméra portative garantissant les bonnes conditions des interventions” des forces de l’ordre.

>> À lire : François Hollande se rend à Aubervilliers pour calmer le jeu

Benoît Hamon veut enfin créer 1 000 postes par an dans la police et la gendarmerie et “instaurer une prime pour les forces de l’ordre présentes en zone très difficile” en s’inspirant de ce que fait l’Éducation nationale dans les réseaux d’éducation prioritaires (REP) et les REP+.

Jean-Luc Mélenchon va, lui, beaucoup plus loin en proposant de s’attaquer à ce qu’il considère être les racines du problème. Le candidat de la France insoumise estime notamment qu’il faut refonder le code de déontologie des policiers en réintégrant “la mission de ‘défense des Libertés et de la République'”. Il propose aussi “le renforcement de la formation initiale des agents tournée notamment vers l’éthique et la relation avec les concitoyens” et “l’évaluation des missions de services publics de police par des questionnaires adressés à la population”.

Nous avons besoin d’une vraie police de proximité. Elle est la solution. #AffaireTheo#BFMPolitique

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) 12 février 2017

Autre proposition emblématique de la gauche, Jean-Luc Mélenchon souhaite restaurer la police de proximité créée par le gouvernement Jospin à la fin des années 1990. “Déployer les mêmes policiers sur les mêmes quartiers inscrit leurs actions dans la durée, écrit-il dans son livret sur la sécurité publié en novembre 2016. Fidélisés sur un territoire à taille humaine, ils peuvent engager un dialogue avec la population. Une police de proximité se doit d’être acceptée et reconnue comme telle par la population par le traitement quotidien des petits délits. Ces unités seront amenées à co-animer des Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) rénovés.”

“Il y a un risque d’embrasement parce que ça fait des années et des années qu’on ne traite pas la question des quartiers populaires” et “que s’accroît la ghettoïsation”, a estimé pour sa part Yannick Jadot, le candidat d’Europe Écologie-Les Verts à la présidentielle, qui a qualifié d'”incroyable stupidité” l’arrêt de la police de proximité en 2003 et propose également la mise en place du récépissé pour éviter les contrôles au faciès.

“Il y a une rancœur énorme contre le gouvernement et la police”

Pour les associations, en revanche, le compte n’y est pas. “On a le sentiment qu’il faut une catastrophe pour qu’il y ait un semblant de dialogue entre les pouvoirs publics et les associations”, déplore Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), interrogé par l’AFP.

>> À voir : Les violences dans les banlieues s’invitent dans la présidentielle française

Chacun garde à l’esprit l’embrasement des banlieues en octobre 2005, après la mort de deux adolescents à Clichy-sous-bois, qui avait entraîné trois semaines de violences dans toute la France – les plus graves dans l’histoire de ces quartiers où vit une population défavorisée et souvent issue de l’immigration.

Le pays avait alors découvert l’accumulation de difficultés économiques et sociales concentrée dans ces banlieues, où le chômage des jeunes dépasse les 40 %. Et les millions dépensés par la politique de la Ville n’ont pas empêché la création d’un “apartheid territorial, social et ethnique”, selon la formule polémique employée par Manuel Valls après les attentats de janvier 2015.

“Il y a une rancœur énorme contre le gouvernement et la police, un désenchantement très puissant, qu’on lit dans l’abstention, et qu’on entend dès qu’on se promène en banlieue”, conclut Pierre Tartakowsy.

Première publication : 15/02/2017

Facebook Twitter Email

9b8208d7a9.jpeg

Face au protectionnisme de Donald Trump, les pays d’Amérique latine montrent leur solidarité. L’hostilité économique américaine pourrait mener à un rapprochement historique entre les pays de l’Alliance du Pacifique et du Mercosur.

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis a mis en branle un mouvement de fond en Amérique latine. Alors que le nouveau président américain mène une politique agressive à l’égard du Mexique en matière d’immigration et de commerce, les pays de la zone se serrent les coudes et ont multiplié les signes de solidarité avec le président mexicain, Enrique Peña Nieto.

Mardi 14 février, celui-ci a d’ailleurs publiquement remercié les gouvernements latino-américains pour leur soutien contre le nouveau président Trump. Dès le 25 janvier, Rafael Correa, le dirigeant équatorien, avait déclaré que “les solutions pour stopper l’immigration ne sauraient être les murs ou les frontières”, dans une allusion au projet de Donald Trump de construire un grand mur à la frontière sud des États-Unis.

Le 6 février, ce sont les présidents argentins et brésiliens, Mauricio Macri et Michel Temer, qui avaient montré leur solidarité en invitant le Mexique à se rapprocher du Mercosur, la zone de libre-échange rassemblant plusieurs pays d’Amérique du Sud. Selon le quotidien colombien El Espectador, des signaux similaires sont également venus d’Uruguay, de Bolivie et du Chili.

Un rapprochement des libre-échanges

Une unité derrière le camarade malmené qui pourrait se traduire concrètement par un rapprochement entre les organisations régionales. Actuellement, les pays d’Amérique latine sont partagés entre le Mercosur et l’Alliance du Pacifique, deux organisations régionales. D’un côté, le Mercosur créé en 1991 comprend l’Argentine, Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela (actuellement suspendu) ainsi que cinq membres associés. De l’autre, l’alliance du Pacifique contient quatre pays : le Chili, la Colombie, le Mexique et le Pérou.

Historiquement, ces deux organisations sont pourtant rivales. Comme le rappelle Olivia Ronsain, spécialiste de relations internationales et d’économie, dans une note sur Diploweb, les deux organisations se sont bâties sur des modèles aux logiques différentes : “On constate que l’Alliance du Pacifique est destinée à devenir à court terme une zone de libre-échange, puisqu’elle a éliminé 92 % des barrières douanières et devrait y mettre un terme dans les années à venir, explique la chercheuse. L’Alliance tend également à évoluer en un marché commun. […] Contrairement au Mercosur, cette alliance n’a pas pour vocation d’être une union douanière puisqu’elle ne mettra pas en place un TEC, Tarif extérieur commun.”

En face, le Mercosur s’est formé depuis les années années 1990 sous l’impulsion des gouvernements résolument progressistes du Brésil, de l’Argentine et du Venezuela. Au-delà de la logique d’intégration économique et douanière, le Mercosur possède une vocation plus politique. À sa modeste échelle, on peut rapprocher cette construction de celle de l’Union européenne.

Cependant, ces dernières années, la donne a changé dans la région : 2015 a vu la fin du kirchnerisme en Argentine et le début de la présidence de Mauricio Macri. Au Brésil, Dilma Rousseff a été destituée en 2016 et Michel Temer a accédé au pouvoir. Deux hommes beaucoup plus ouverts au libéralisme et au libre-échange que ne l’étaient leurs prédécesseurs et donc beaucoup plus compatibles avec la logique pragmatique de l’Alliance du Pacifique.

>> À lire aussi : 2016 dans le rétro, fin de cycle en Amérique latine

Un premier pas en ce sens a été fait l’an dernier. Mauricio Macri a assisté à la rencontre annuelle des pays de l’alliance du Pacifique en tant qu’observateur. Un signal clair en faveur du renforcement des liens.

Face à Trump, l’union économique

Les dirigeants de l’Argentine et du Chili, Mauricio Macri et Michelle Bachelet, sont actuellement les présidents temporaires respectifs du Mercosur et de l’Alliance du Pacifique et ils sont bien déterminés à mettre cette occasion à profit pour opérer un rapprochement entre les deux organisations qui pourrait mener à terme à une fusion.

L’élection de Donald Trump pourrait bien accéler le rapprochement. En effet, le 12 février, les ministres des Affaires étrangères argentin et chilien ont annoncé une grande réunion des ministres des deux organisations en avril “pour faire face aux pressions protectionnistes” des États-Unis. “Nous voulons donner un signal sur notre volonté d’aller vers davantage d’ouverture, d’intégration et d’investissements”, a déclaré Heraldo Muñoz, le ministre des Affaires étrangères chilien.

Comme le rappelle le quotidien espagnol El Pais, la fusion est cependant loin d’être actée. Les prochains mois seront décisifs pour le rapprochement et celui-ci pourrait très bien ne pas aller à son terme, tant les logiques du Mercosur et de l’Alliance du Pacique sont différentes. Ainsi, le Chili, de l’Alliance du Pacifique, a déjà signé près de 180 accords bilatéraux de libre-échange : comment rendre compatibles ces traités existants avec des économies plus fermées comme celles du Brésil ou de l’Argentine appartenant au Mercosur ?

Sauver l’accord de partenariat transpacifique

Autre conséquence du protectionnisme de Trump : l’accord de partenariat transpacifique, pourtant impulsé par les États-Unis, est sérieusement mis à mal. Ce traité multilatéral de libre-échange visait à supprimer les barrières douanières entre les pays du Pacifique et rassemblait l’Australie, le Brunei, le Canada, le Chili, les États-Unis, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. Mais le 26 février, le nouveau président américain a annoncé la sortie unilatérale de son pays de l’accord, fidèle à l’une de ses promesses de campagne.

Ce retrait pourrait marquer la fin de l’expérience mais le Chili, en tant que président de l’Alliance du Pacifique, veut assurer un avenir à ce traité. Il a convoqué une réunion extraordinaire des 12 membres les 14 et 15 mars à laquelle sont conviés la Chine et la Corée du Sud, deux pays qui auraient eu beaucoup à perdre si le traité était entré en vigueur.

Objectif : assurer de nouveaux débouchés aux produits latino-américains. Selon le quotidien péruvien La Prensa, la logique est simple : devant la fermeture du marché états-unien aux exportations latino-américaines, les pays de l’Alliance du Pacifique et du Mercosur veulent désormais regarder dans d’autres directions : la vieille Europe et l’émergente Asie.

Première publication : 15/02/2017

Facebook Twitter Email

Dans un entretien sur Franceinfo datant du mois de septembre, François Fillon se montrait critique des médias qui ne s’intéressaient pas suffisamment selon lui aux affaires illustrant un “abaissement du niveau d’éthique dans la vie politique”.

François Fillon manquerait-il de cohérence ? Très critique vis-à-vis des médias depuis les révélations du Canard enchaîné au sujet des emplois présumés fictifs de sa femme et de ses enfants, l’ancien Premier ministre tenait pourtant un discours bien différent il y a encore cinq mois.

>> À lire : “La fronde parlementaire anti-Fillon fait ‘pshitt’ !”

Dans une interview sur Franceinfo datant du 2 septembre et exhumée par Brut, celui qui n’était alors qu’un candidat à la primaire de la droite regrettait ainsi que les médias ne couvrent pas plus assidûment les affaires qui symbolisent un “abaissement du niveau d’éthique dans la vie politique”, faisant notamment référence à l’affaire Bygmalion visant Nicolas Sarkozy ou aux impôts impayés par l’éphémère secrétaire d’État Thomas Thévenoud.

“Ce que je mets sur le même plan, c’est la manière dont le système politico-médiatique passe sur toutes ces affaires. Tout ça, ça fait la Une pendant trois jours, et puis ensuite c’est fini, on n’en parle plus. Et moi, sur le terrain, je rencontre tous les jours des gens qui me disent : ‘Moi, quand je passe devant le radar, je paie'”.

Avant, François Fillon regrettait que la presse passe trop peu de temps sur les affaires “d’éthique dans la vie politique”. pic.twitter.com/fkFgnBUlht

— Brut (@brutofficiel) February 14, 2017

Première publication : 15/02/2017

Facebook Twitter Email

Vendredi dernier, les riverains et les collectifs d’aide aux migrants ont eu la surprise de découvrir que des rochers avaient été installés à l’endroit où les migrants s’abritaient en attendant d’être reçus par le centre de la Chapelle.

Depuis vendredi 10 février, de grosses pierres ont été installées sous un pont du boulevard Ney, dans le 18e arrondissement de Paris, à une dizaine de mètres du centre humanitaire de La Chapelle.

C’est à cet endroit que les migrants, dans l’attente d’être reçus par le centre qui compte 400 places d’hébergement et fonctionne à flux tendu depuis son ouverture en octobre 2016, passaient leur nuit pour se protéger de la pluie et du froid.

Les rochers acheminées par des engins municipaux occupent désormais quasiment toute la surface du lieu, empêchant les migrants de s’abriter. “Les pierres ont été installées de telle manière que plus personne ne puisse s’allonger. Résultat : quand je suis passée lundi, certains n’avaient pas dormi depuis vendredi ou se sont reposés à 20 mètres de là en plein vent et sans protection”, explique à France 24 une riveraine, membre du Comité Solidarité migrants Wilson, qui distribue tous les jours depuis trois mois des petits déjeuners à la centaine de migrants présents dans le 18e.

>> À lire : Migrants : le centre humanitaire de Paris sous le feu des critiques

L’impression que les migrants “doivent être invisibles”

Un procédé qui choque les bénévoles œuvrant chaque jour aux côtés des migrants. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les internautes qui se disent scandalisés par la pose de ces grosses pierres.

À Paris (Porte de la Chapelle), la mairie fait poser des pierres pour empêcher les SDF et les migrants de dormir. Ce monde me dégoûte. pic.twitter.com/3VdpKrOtUc

— Salem (@Ibn_Sayyid) 13 février 2017

Les collectifs d’aide aux migrants dénoncent également la pression qu’ils subissent quotidiennement : des amendes de 135 euros pour stationnement gênant alors qu’ils déchargent leurs véhicules pour offrir des petits déjeuners ou encore des tirs de gaz lacrymogènes envoyés par la police pour les déloger.

“Nous avons l’impression que les migrants et les personnes qui leur viennent en aide doivent être invisibles”, s’indigne cette bénévole du Comité Solidarité migrants Wilson qui raconte avoir été “gazée” dernièrement par la police alors qu’elle était avec sa fille. Pour preuve, lors de la distribution de nourriture lundi 13 février, la police a pour la première fois délogé les bénévoles et leur a demandé de se déplacer à 200 mètres, devant la déchetterie.

“Le symbole est quand même choquant”, note la riveraine. Cette “citoyenne ordinaire”, comme elle se décrit, constate que depuis quelque temps, la situation s’est tendue même “si la pression est bien là depuis le premier jour”.

>> À lire : Paris : MSF dénonce les confiscations de couvertures de migrants en plein hiver

La mairie de Paris regrette de son côté que le dispositif soit mal interprété et justifie l’installation de pierres par l’extension des travaux du tramway et de la petite ceinture qui auront lieu à ce niveau. De plus, le pont où s’abritaient les migrants doit être détruit par la SNCF pour en construire un plus solide.

“Ces rochers étaient installés sur un trottoir du boulevard Ney, en bordure du chantier de la prolongation du tramway. Nous les avons déplacés pour permettre l’extension prochaine du chantier. Les 143 personnes qui dormaient dans ce secteur ont été prises en charge par les services de l’État et les associations et ont été mises à l’abri”, indique-t-on à la mairie.

Éviter la formation de nouveaux campements

La municipalité se défend ainsi de mener une politique anti-migrants, comme le dénonce les collectifs. “Quand on ouvre un centre de 400 places, il n’est pas possible de nous reprocher d’avoir une politique anti-migrants”, soulignent les services d’Anne Hidalgo. “D’autant que depuis début décembre, nous avons étendu le nombre d’entretiens avec les migrants dans le centre de la Chapelle, passant de 50 à 80 par jour. Et nous avons aussi mis en place un système de rendez-vous sous 24, 48 ou 72 heures pour éviter les problèmes de files d’attente interminables à l’extérieur”, assure-t-on à la mairie.

>> À lire : Migrants : des mini-campements se reforment près du centre humanitaire de Paris

La municipalité précise également que des gymnases ont été ouverts pour les migrants dont le rendez-vous avec le centre de la Chapelle n’a lieu que 72 heures plus tard. “Anne Hidalgo a assuré qu’elle ne délogerait pas ceux qui vivent dans la rue tant qu’on n’aura pas trouvé de solutions alternatives, mais il est vrai qu’on veut éviter qu’un campement de rue ne se reconstitue”, déclare un membre de la mairie de Paris.

Pour les collectifs, cette politique de non-campement et de non-regroupement précarise les migrants et les isole un peu plus. Emmaüs Solidarité, qui gère le centre de la Chapelle, assure de pas avoir été mis au courant de la pose de ces pierres et se garde de faire tout commentaire.

Première publication : 15/02/2017

Facebook Twitter Email